Mais n'empêche, j'ai toujours envie de partager mon ressenti.
Extraits d'un ancien article/ Rappel utile
« En 1997, Depeche Mode est une épave. Un an plus tôt, Dave avait vécu l'enfer. L'enfer à son paroxysme. C'est un zombie, l'ombre de lui-même. Son apparence n'inspire que de la tristesse. Ses joues sont creuses, sa face est livide. La rock star éxubérante de la période sofad a laissé son allure christique pour celle d'un junkie paumé.
Dave, à cette époque, a tout perdu: son fils, ses amis, sa maison, son amour-propre. La drogue le bouffe, il carbure à l'alcool pour mieux aider ses tentatives de suicide. Il devra multiplier les cures de desintox pour enfin voir le bout du tunnel.
Le groupe ne se porte pas bien, le pétage de cable se fait sentir. Ultra, leur neuvième album studio prévu en 1996 est répoussé d'un an suite aux graves problèmes de Dave. C'est l'album le plus sombre de leur carrière. Il retrascrit à merveille la dépression du groupe cette année-là. Ultra est un album assez minimaliste comme le sera exciter par la suite.
Cette année 97, Depeche Mode n'organise pas de tournée à part un concert privée et une timide promtion de l'album. Il faut attendre 1998 pour une nouvelle tournée. Ultra est la période la plus difficile de dm mais aussi la période où le groupe ressucite, ce qui semblait être improbable après le départ d'alan.»______________________________________________________
La pochette laisse deviner un album sombre. Le titre « Ultra » , imposant, centré mais légérement décliné, occupe le premier plan. On pense à une enseigne qui clignote dans la nuit. En haut de la pochette, sur le côté, est marqué Depeche Mode. La police est bien plus petite. Les lettres semblent juxtaposées, comme des petits morceaux de papier collés à l'arrache.Le choix de couleurs est brillant. On retrouve ici une peinture nauséabonde. La couleur noire domine, la bordure du titre elle est dorée, une lueur vive. L'arriére-plan ,au centre, est abstrait: une spirale de couleur violet. Pour ma part, j'y vois comme un disque, ou un vinyle abîmée. Clin d'oeil à la fatigue du groupe, à sa crise? La pochette rappelle de plus un plan de film. Regardez bien les bandes noires. Je peux me tromper mais je ne fais que donner mon interprétation. Vous y trouverez sans doute d'autres détails.
La photographie de Corbjin évoque la dépression. Dans une même peinture nauséabonde, aux couleurs vomitives, passent tels des fantômes trois visages blafards: Dave, Martin et Fletch. Il manque Alan, parti en 1995. C'est le regard maladif de Dave qui interpelle le plus. La rock star renonce alors à ses poses lascives. Pas de déhanchés, seulement un homme perdu.
La symbolique du titre Ultra?
Si l'on s'en référe à une définition, il s'agit:
d'un nom de code utilisé par les Britanniques pour désigner le résultat des décryptages des messages allemands pendant la Seconde Guerre mondiale.
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Barrel of a gun fait figure d'introduction à l'album. Une composition agressive, déroutante. «Depeche Mode comme vous ne l'avez entendu», telle pourrait être le slogan. Un electro crade, la voix de Dave comme trafiquée, une musique inacessible : nos oreilles auront du mal au départ à s'y habituer.
Le second titre « The Loves Thieves » est une bien triste mais sublime berceuse. La traduction «les Voleur d'Amour» confirme une poésie despérée. Le solo final de Martin, guitare abrasive et son étouffé, force l'émotion.
« Home » entre en scéne. Une fausse lueur d'espoir en somme. Une tendre ballade oui, au fond aussi désespérée que « The Loves Thieves ». La ''guitare bourrée d'effets'', ''les bruits chimiques '' évoqués par Louis sont en effet bien présents. L'électro rime avec lyrisme, pour notre plus grand bonheur.
4 éme titre. Un superbe fondu en ouverture. « It's no good » ou le meilleur d'Ultra. Des synthés parfaitement maitrisés, la voix de Dave envoûtante. Ici, l'ambivalence, l'absence entrent en thématique. Vaine déclaration d'amour, douloureuse introspection. Troublant, particulièrement émouvant. Un tube en devenir mais aussi une chanson plus intime qu'elle n'y paraît.
L'instrumental «Uselink» est en effet une transition, une transition brillante. Comme dans un film, il s'agit de passer d'une séquence à une autre.
«Useless»: brutal, ironique, cynique. Dave attaque, une voix offensive. La guitare est tonitruante mais l'effet bien choisi.
« Useless» > «Sister of Night» rappelle la transition « barrel of a gun » > « The Loves Thieves ».
La rafale est passé, tout redevient calme. Enfin, le malaise est toujours présent.
« Sister of Night » est une priére. Dave, une voix de velours plaintive, semble réclamer une présence amicale. Un vrai moment d'émotion, rare.
« The Jazz Thieves » est un instrumental particulièrement glauque, cauchemardesque. Un instrumental qui file la migraine et donne la nausée. C'est à partir de « Freestate » que la souffrance palpable tout au long d' «Ultra» semble être exorcisée. « Freestate » est une chanson sublime sur la rémission. Le tempo, la voix, la guitare: on atteint la perfection.
« The Bottom Line » joue la carte de la sensualité. Martin chante l'amour tout en douceur. Une note d'optimisme? Rien n'est moins sûr. « Ultra » cultive excellement bien l'ambiguïté.
« Insight», lumineux, entraînant, termine l'album si l'on passe le titre fantôme «Junior Painkiller». Une force occulte, fondu en fermeture. Un silence pesant régne alors. 11 titres, le cd est sur Stop.
Ultra est bien un voyage introspectif, le genre de voyage dont on ressort pas indemme.
